Quel est le rôle du médecin généraliste dans la prise en charge des troubles de l’oralité ?

Le rôle du médecin généraliste est multiple :

  • Réaliser le dépistage précoce du trouble de l’oralité,

  • Eliminer une pathologie organique, rechercher un trouble sensoriel et une origine psychogène, notamment avec une anamnèse approfondie,

  • Évaluer le retentissement nutritionnel,

  • Réaliser une intervention précoce notamment avec un accompagnement parental, une déculpabilisation, et l'apport de conseils,

  • Orienter vers un spécialiste médical ou para médical si nécessaire : la prise en charge multidisciplinaire semble être une des clefs.

Si une origine organique est suspectée suite à l'interrogatoire et à l'examen clinique, un avis spécialisé est adapté, notamment en cas de signe de gravité :

- Cassure de la courbe staturo-pondérale,

- Retard d’acquisition,

- Retard développement psychomoteur,

- Troubles de la déglutition, fausses routes,

- Dyspnée,

- Malaise.

L'accompagnement parental est au centre de la prise en charge des troubles de l'oralité de l'enfant :

Une des premières étapes de la prise en charge de l'oralité est l'accompagnement parental.

Un trouble de l’oralité alimentaire de l’enfant est souvent vécu par les parents comme une remise en cause de la capacité à être parent. Le trouble de leur enfant induit un sentiment de culpabilité pour les parents et est générateur de conflits.

L’alimentation est un élément fondateur du lien mère-enfant.

La prise en charge des troubles de l’oralité nécessite donc une collaboration étroite avec la famille.

Il s’agit dans un premier temps de donner les informations et les conseils pour les aider dans le quotidien.

 

Il faut également prendre en charge le côté émotionnel avec la mise en place d’entretien empathique, d'un soutien parental, de laisser un espace d’écoute, et ne surtout pas les culpabiliser.

Quels sont les professionnels impliqués dans la prise en charge des troubles de l’oralité de l’enfant ?

  • Le pédiatre spécialisé

Le pédiatre doit être sollicité si une origine organique est suspectée et si l'enfant présente des critères de gravité.

Le recours au gastro-pédiatre, neuro-pédiatre, pneumo-pédiatre, ... est fait en fonction de l'étiologie organique suspectée.

  • Le pédopsychiatre

Le recours au pédopsychiatre sera nécessaire dans certaines situations :

- Si l’enfant présente un retard dans les acquisitions, un aspect dépressif ou indifférent, une irritabilité, des troubles du sommeil, des bizarreries ou s’il existe un échec des mesures pédiatriques mises en place.

- Si dans la famille, il existe des antécédents de trouble mentale (schizophrénie, toxicomanie, alcoolisme, dépression, troubles du comportement alimentaire, trouble anxieux envahissant ou comportement rigide à l’excès).

- Si la relation parent/enfant est difficile : rejet affectif, manque d’investissement, trouble de l’attachement mère enfant.

  • L'orthophoniste

Il s'agit dans un premier temps de réaliser un bilan de l'oralité avec un interrogatoire, l'observation de l'enfant, puis l'évaluation de la sphère oro-faciale.

L'orthophoniste met ensuite en place des gestes techniques spécifiques pour la rééducation des fonctions oro-faciales, l'adaptation des conduites alimentaires et la gestion de l’alimentation.

Dans le cas de l'hypersensibilité alimentaire, il réalise des massages par exemple afin d'effectuer une désensibilisation.

Il doit établir une relation avec l’enfant, et assurer un accompagnement parental car l’implication des parents est fondamentale.

L’orthophoniste se place comme un médiateur entre l’enfant et les parents.

  • Le kinésithérapeute

Leurs objectifs est la rééducation de la motilité faciale, de la mastication et de la déglutition : il travaille sur la force, la précision dans le temps et dans l’espace, l’amplitude et la vitesse de la langue, améliore l’ouverture buccale, travaille sur les fonctions sensorielles.

Ils ont aussi un rôle dans la prévention des troubles de l’oralité et interviennent dans les services d’hospitalisation.

  • L'ergothérapeute

Ils font une évaluation de la situation alimentaire et donnent des conseils notamment sur l’utilisation de couverts adaptés, sur l’installation, sur les différentes textures.

  • Le psychomotricien

Après une évaluation initiale, il propose des activités pour réconcilier l'enfant avec son corps et lui faire retrouver le plaisir de l'alimentation orale.

  • Le psychologue

Il permet la prise en charge des interactions mère-enfant perturbés, de la souffrance parentale et de la souffrance de l’enfant. Il a un rôle d’observateur et d’écoute des non-dits maternels ainsi que d'observateur des réactions de l’enfant aux évocations de son trouble.

Il permet également le soutien parental.

  • Le diététicien 

 

Leur rôle est de réaliser enquête alimentaire sur plusieurs jours afin d'évaluer les besoins nutritionnels de l'enfant. Ils peuvent ensuite proposer des solutions adaptées à l'enfant.

Sources :

ABADIE Veronique « Les troubles de l’oralité alimentaire du jeune enfant » Rééducation Orthophonique - N° 220 - décembre 2004 p57

 

Les troubles de l’oralité du tout-petit et le rôle de l’accompagnement parental, Isabelle Barbier, Rééducation Orthophonique - N° 220 - décembre 2004 p143

L’oralité positive, Catherine Thibault, 2015, p35-48

Dysoralité : du refus à l’envie, Michèle Puech, Danielle Vergeau, Rééducation Orthophonique - N° 220 - décembre 2004 p127 - 141

L’éducation orale précoce, Nicolas Mellul, Catherine Thibault, Rééducation Orthophonique - N° 220 - décembre 2004 p117-125

Les troubles de déglutition et d’alimentation de l’enfant cérébrolésé, Dominique Crunelle, Rééducation Orthophonique - N° 220 - décembre 2004 p91

 

Le nourrisson qui ne mange pas : quand recourir au pédopsychiatre ? M.-F. Le Heuzey Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, hôpital Robert-Debré, juin 2011

Troubles du comportement alimentaire du jeune enfant, par Marie-France Le Heuzey, la revue du praticien médecine générale, janvier 2009, n°814.

Quelle est la prise en charge de l'hypersensibilité sensorielle ?

L'hypersensibilité sensorielle s'améliore grâce à la désensibilisation.

Il s’agit de pratiquer des stimulations répétées avec des massages intra buccaux, plusieurs fois par jour, en évitant de dépasser le seuil du réflexe nauséeux.

L’orthophoniste a une place privilégiée dans cette prise en charge : il permet d’apprendre et de guider les parents vers une désensibilisation.

Quelle est la prise en charge des enfants hospitalisés dans les services hospitaliers ayant ou non nécessité la mise en place d’une alimentation artificielle ?

Pour les enfants hospitalisés, l'important est de mettre en place une prévention des troubles de l'oralité alimentaire.

Il faut compenser les aspects négatifs de l’hospitalisation avec une gestuelle positive et respectueuse du développement de chaque bébé en intégrant les parents. Il faut aussi limiter les indications d’exclusion alimentaire totale ou la rendre la plus courte possible.

La prévention consiste à mettre en place un portage, un langage, un regard soutenant, des stimulations olfactives pendant la nutrition artificielle et de maintenir les sollicitations orales.

Les enfants hospitalisés bénéficient souvent d'un accompagnement multidisciplinaire.

Quelles est la prise en charge de la néophobie alimentaire ?

La néophobie alimentaire s'améliore par la familiarisation.

La familiarisation se fait selon deux temps : le court terme et le long terme.

- A court terme : il s’agit de développer le contact entre l’enfant et l’aliment avant que celui ci arrive dans son assiette.

L’enfant participe à l’achat des produits au marché, il lave les fruits et les légumes, coupe le pain frais, prépare le repas avec maman ou papa, casse des œufs, met les mains dans la farine, faire fondre du chocolat, …

Ces manipulations sont un moyen de le familiariser avec les aliments sans l’inciter à manger.

- A long terme : il s’agit de représenter souvent le même aliment, de consommer le produit à de multiples reprises dans le temps.

L’enfant peut finir par s’y accoutumer ou affirmer son dégoût pour l’aliment présenté.

Sources :

Hyper nauséeux et troubles de l'oralité chez l'enfant Catherine Senez, Rééducation Orthophonique N° 220 - décembre 2004 - p93 à 102

Livret attention à mon oralité 2018, Ou comment comprendre, prévenir et prendre en charge les troubles du comportement alimentaire du jeune enfant hospitalisé dans les premiers mois de vie, groupe oralité de l’hôpital de NECKER - enfant malade

Amuse-bouche pour difficultés alimentaires de l’enfant par Jasmine Don, Madeleine Gaquiere , Audrey Lecoufle , Audrey Vanmalleghem, Jade Vouters, Véronique Leblanc, juillet 2012

La construction du goût chez l’enfant, Natalie Rigal, Rééducation Orthophonique N° 220 - décembre 2004 - p15