« Pour avoir un comportement visuel normal, il faut des yeux qui voient et un cerveau qui a la capacité de traiter l’information qu’il reçoit. Pour avoir un comportement alimentaire normal, il faut un outil oro-digestif sain et des capacités affectives et centrales qui permettent le fonctionnement de cet outil. Un trouble du comportement alimentaire pourra être généré par le dysfonctionnement de l’un ou l’autre de ces deux acteurs. » Pr Veronique Abadie

Il faut éliminer une origine organique avant de conclure que les troubles de l’oralité sont d’origines psychogènes.

Les troubles de l'oralité alimentaire sont classés en 6 entités nosographiques selon la classification établie par I. Chatoor. 

  • Trouble alimentaire de la régulation des états

  • Trouble alimentaire par manque de réciprocité mère / nourrisson

  • L'anorexie du nourrisson

  • Les aversions sensorielles alimentaires

  • Trouble alimentaire avec cause organique associée

  • Trouble alimentaire post traumatique

 

 

Trouble alimentaire de la régulation des états

Les nourrissons passent d’une alimentation continue in utero (par voie ombilicale) à la mise en place d’une alimentation conditionnée par la reconnaissance parentale des signaux de faim et de satiété du bébé.

 

Les parents doivent être attentifs aux signaux subtils du nourrisson et pouvoir y répondre : ils participent tous au succès de la régulation de l’homéostasie durant les temps d’alimentation.

Cela permet la mise en place du cycle faim/satiété, veille/sommeil et rétention/excrétion.

 

Il est nécessaire que l’excitation du nourrisson soit régulée par la présence des parents grâce à la relation parents/nourrisson.

Certains nourrissons peuvent éprouver de grandes difficultés lors de l’alimentation pour autoréguler leur niveau d’excitation, entrainant des comportements d’opposition.

 

Ce trouble alimentaire apparait dans les premières semaines de vie.

 

Sémiologie

  • Irritabilité du nourrisson au moment des repas

  • Difficultés alimentaires débutant dès les 1ers mois de vie

  • Difficultés pour atteindre et maintenir un état calme d’excitation interne pour manger : trop endormi ou trop agité, trop en détresse

  • Gain de poids insuffisant

  • Difficultés alimentaires non expliquées par une maladie organique

 

 

Trouble alimentaire par manque de réciprocité mère/nourrissons

 

Afin d’acquérir et d’affiner ses capacités d’auto régulation de son excitation, le nourrisson a besoin du parent : il faut une relation de réciprocité qui nécessite des contacts visuels, des vocalisations et une proximité physique du parent et de l’enfant.

 

Si le parent et le nourrisson sont en difficultés dans la création de cette relation, l’alimentation et le développement du nourrisson risquent de devenir problématiques. En effet, la relation nourrisson-parent conditionne le développement du nourrisson et la cohérence de ses acquisitions.

 

Ce trouble alimentaire apparait au moment des premiers signes d’autonomisation du nourrisson comme la diversification (souvent étape révélatrice), entre 4 et 8 mois.

Sémiologie

  • Signe de malnutrition

  • Déviation du poids de 2 percentiles

  • Moins de signes de réponses sociales appropriées à son développement durant l’alimentation avec le parent

  • Banalisation des troubles par les parents

  • Déficit de développement et un manque de relation qui ne sont pas seulement causés par un trouble physique ou un trouble majeur du développement.

 

Anorexie du nourrisson

 

C'est un trouble relationnel qui s’exprime par l’augmentation du conflit entre le nourrisson et les parents au sujet de l’alimentation sur les temps du repas.

Durant ce conflit, l’alimentation peut générer un stress susceptible de mobiliser  le « système nerveux sympathique » des jeunes enfants et de supprimer les sensations de faim.

 

Ainsi, les enfants peuvent associer des émotions intenses et le geste de s’alimenter, ce qui masque la sensation de faim. Les réponses du parent influencent la capacité des jeunes enfants à différencier la faim et les émotions.

 

Ce trouble alimentaire apparait entre 9 et 18 mois quand les nourrissons deviennent plus autonomes dans leur alimentation.

 

Sémiologie

  • Refus alimentaire depuis plus de 1 mois

  • Désintérêt pour la nourriture, ne communique pas sa faim

  • Déficit de croissance significatif

  • Pas d’évènements traumatiques antérieurs

  • Non expliqué par une maladie organique sous jacente

 

 

Aversions sensorielles alimentaires

Ce trouble est caractérisé par la sélectivité de l’alimentation : l’enfant refuse de manger certains aliments pour des raisons de goût, de texture, d’odeur et d’apparence. Il mange mieux quand on lui offre sa nourriture préférée.

L'enfant présente souvent des signes d'hypersensibilité sensorielle. Le toucher et l’ouïe peuvent aussi être touchés.

Le nourrisson peut exprimer des réactions défensives allant de la grimace au réflexe nauséeux, au vomissement ou au crachat de la nourriture. Après cette réaction , il refuse systématiquement de poursuivre l’alimentation et exprime une très grande détresse en cas de forçage alimentaire.

Si le nourrisson refuse de mâcher, il risque de retarder le développement de sa motricité orale.

Ce trouble alimentaire débute précocement (à l'introduction de l’alimentation) mais est diagnostiqué tardivement (souvent à  l'école maternelle).

Sémiologie

  • Refus de manger des aliments particuliers avec des goûts, des textures, des odeurs ou des apparences spécifiques pendant au moins 1 mois

  • Mange mieux si on lui propose sa nourriture préférée

  • Déficiences nutritionnelles (zinc, fer, protéines, vitamines) OU retard de la motricité oral OU évitement face aux situations sociales qui impliquent  l’alimentation OU les 3 à la fois

  • Non expliqué par une origine organique ou allergique

Trouble alimentaire avec cause organique associée

 

C'est la conséquence psychologique et fonctionnelle d’une pathologie organique en lien avec le tractus aéro digestif. Ainsi, des causes organiques très différentes en terme de gravité peuvent avoir des répercussions sur l’alimentation chez le nourrisson ou le jeune enfant.

 

On retrouve notamment ;

  1. Pathologies digestives : 

  • Reflux gastro-oesophagien, maladie coeliaque, 

  • Malformation digestives, atrésie des voies biliaires, 

  • Trouble de la déglutition

  • Dyskinésie oro-oesophagienne

  • Troubles fonctionnels intestinaux

 

2. Pathologie neurologique

  • Syndromes génétiques

  • Pathologies neuro-musculaire acquise ou congénitales

  • Trouble neuro développemental

 

3. Cardiopathies congénitales, pneumopathies

 

4. Intolérance alimentaire d'origine métabolique

Ce trouble alimentaire peut commencer à tout âge.

Sémiologie

  • Refus alimentaire et prise alimentaire insuffisante depuis au moins 2 mois

  • Nourrisson qui peut commencer à manger mais en cours d’alimentation montrer de la détresse et refuser de continuer à manger 

  • Perte de poids ou prise de poids insuffisante

  • Cause organique associée et qui est évaluée comme la raison de la détresse

  • Une prise en charge médicale améliore mais ne résout pas complètement le trouble alimentaire

 

Trouble alimentaire post traumatique

C'est la conséquence psychique et fonctionnelle d’un ou de plusieurs traumatismes du tractus aéro digestif.  Ces nourrissons peuvent développer une peur de s’alimenter après un étouffement avec de la nourriture ou après la répétition d’expériences traumatiques de l’oropharynx et de l’oesophage. La peur de manger et la peur d’avaler semblent dépasser la conscience de la faim.

Ce trouble alimentaire peut commencer à tout âge.

 

Sémiologie

  • Début aigu de refus alimentaire

  • Le refus suit un évènement traumatique ou la répétition  de graves traumatismes  de l’oropharynx ou du tractus gastro intestinal (étouffement, vomissement sévère, intubation endo-trachéale, sonde naso gastrique, aspirations répétées)

  • L’enfant peut : 

    • Refuser de voir le biberon mais accepter la nourriture avec la cuillère

    • Refuser la nourriture solide et accepter le biberon 

    • Refuser toute alimentation orale

    • Sans supplémentation, le refus alimentaire peut poser une menace urgente ou à long terme pour la santé de l’enfant.

La néophobie alimentaire est évoquée comme un diagnostic différentiel car c'est une étape physiologique du développement de l'enfant.

Sources :

Troubles de l’oralité du jeune enfant - Véronique Abadie Rééducation Orthophonique - N° 220 - décembre 2004 - p57 à 70

https://pap-pediatrie.fr/hepato-gastro/troubles-du-comportement-alimentaire-du-nourrisson, V. Abadie, Hôpital Necker, Faculté Paris Descartes, Paris, France, 2009

Pr. P Duverger, Dr J. Malka, développement psychomoteur du nourrisson et de l’enfant, aspects normaux et pathologiques, servi e pédopsychiatrie au CHU Angers http://www.pedopsychiatrie-angers.fr/cours-fichiers/Developpement%20psychomoteur%201%20partie.pdf

 

Les troubles du comportement alimentaire du nourrisson : classification, sémiologie diagnostic, Thomas cascales, JP Olives, M. Bergeron, A. Chatagner, JP Raynaud, Annales médico psychologiques 172 (2014) 700-707

 

Troubles du comportement alimentaire du jeune enfant, par Marie-France Le Heuzey, la revue du praticien médecine générale, janvier 2009, n°814.